Accueil Entrée du musée Hommes et machines 1830 et les ouvriers
Les ouvriers du livre dans les événements de 1830 PDF Imprimer Email

 

Tableau d'Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple

Avec l’arrivée des presses mécaniques dans les ateliers au début du XIXe siècle, c’est toute la corporation des ouvriers du livre qui se mobilise. Craignant pour leur emploi, ces ouvriers, traditionnellement soudés par une identité forte et marqués par un vigoureux esprit d’insubordination, profitent de l’éclatement de la Révolution de 1830 pour manifester leur colère en participant activement à l'insurrection.

Dès les débuts de l'imprimerie, les ouvriers du livre se distinguent de ceux des autres corporations par une identité forte, liée à un niveau d'instruction plus élevé. Très tôt, ils s'organisent pour défendre leurs droits, allant jusqu'à la grève pour lutter contre des salaires trop bas ou le recours trop généreux à la main-d'œuvre sous-payée des apprentis. Leur esprit d'insubordination est aussi politique et la police surveille étroitement, au début du XIXe siècle, ces ouvriers qui sont soupçonnés d'avoir une mauvaise influence sur leurs camarades. Ils en ont donné une preuve en 1827, en se mobilisant, ainsi que les maîtres imprimeurs, contre la "loi de justice et d'amour" qui prétendait limiter la liberté d'impression... Et celle-ci avait été retirée.

L'arrivée des presses mécaniques dans les imprimeries suscite immédiatement l'émoi. L'Imprimerie royale accueille la première en 1824 ; quelques grands imprimeurs en font aussi l'acquisition mais, en 1830, les "mécaniques" ne représentent encore que 7 % des presses en service. La mécanisation a déjà provoqué de nombreux troubles dans l'industrie textile, tant en France qu'en Angleterre où les ouvriers ont cassé les machines. Comme leurs camarades, les ouvriers du livre craignent que la mécanisation ne les mette au chômage. C'est dans ce climat d'inquiétude, accru par la crise économique qui sévit depuis 1826, qu'éclate la révolution de 1830.Les ouvriers du livre prennent une part active, par la parole et par les armes, aux journées insurrectionnelles des 27, 28 et 29 juillet, les "Trois glorieuses".

Tableau d'Hippolyte Lecompte, Combat de la rue de Rohan le 29 juillet 1830, 1831
Lecompte Hippolyte, Combat de la rue de Rohan le 29 juillet 1830, 1831, Musée Carnavalet, Paris.

Certains en profitent pour briser les presses mécaniques de l'Imprimerie royale, puis d'autres imprimeries. A une pétition demandant que soient abandonnées les presses mécaniques, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau "roi des Français", répond par une ordonnance ouvrant un crédit pour les réparer.

Tableau représentant Louis-Philippe, par Winterhalter
Winterhalter Franz Xavier, Louis Philippe, roi des Français et la charte de 1830, 1839, Musée national du château de Versailles, Versailles.

Les ouvriers typographes refusent d'en imprimer le texte et, le 3 septembre, toute l'imprimerie parisienne est en grève. L'agitation s'étend en province. Le gouvernement riposte en faisant arrêter les meneurs, mais doit finalement les relâcher. Les ouvriers reprennent progressivement le travail, mais il y aura encore quatre grèves dans les imprimeries entre 1830 et 1834, et, en 1848, des presses mécaniques seront encore brisées.

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